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Un geek ne peut jamais utiliser un ordinateur simplement. Par "simplement" j’entends : en se limitant à des usages basiques comme lire et envoyer ses mails, consulter un site web, lancer une application de traitement de texte. Non, dis-je : le geek est sujet à une auto-complication chronique de son usage de l’informatique. Pour le dire autrement, il est techno-maniaque compulsif.
Pour illustrer mon propos, je vous propose une expérimentation sur deux sujets représentatifs de leur population d’appartenance :
- les gens normaux : moi,
- les geeks : mon geek.
Consultation d’un site internet
L’amour est un beau sentiment, qui donne envie aux gens qui en sont atteints de faire des choses ensemble, comme par exemple "surfer sur le web". Les gens normaux lisent les pages des sites, regardent les images, cliquent sur les liens en fonction de leur intérêt, sourient quand c’est amusant, tapent du poing sur la table quand c’est révoltant. Les geeks n’ont de cesse de trouver qui héberge le site, sur quel genre de machine, où a été acheté le nom de domaine, quel est le serveur web qui tourne là dessus. Et pourquoi pas la couleur de la petite culotte de la dame qui répond au téléphone ?
Résultat : impossible de voir plus d’une demi page, la souris est aussitôt monopolisée par le geek, et l’action rythmée de "rha, mais c’est quoi ces javascripts pourris" et autres "mais c’est quoi tous ces trucs qui bougent". Sachez-le : un site web est forcément pourri parce qu’il ne respectera jamais assez bien les standards de 1972 en la matière (page sur fond gris, police times de taille 12, sans image, le truc quasi convivial, quoi). C’est qui tous ces nazes qui veulent faire des sites jolis et intéressants ?
Envoi d’un mail
L’amour est parfois à prétexte à des événements heureux, tels que le mariage ou la naissance d’un enfant. Dans ces occasions, on aime assez en informer la terre entière tellement c’est super. Le courrier électronique étant un moyen moderne et confortable de communiquer, les gens normaux et leur geek ont tendance à y recourir pour avertir leurs proches en masse. Les gens normaux ouvrent leur logiciel préféré, écrivent un message, indiquent la liste des destinataires et envoient le tout avec le sentiment du devoir accompli. Temps total montre en main : 11,23 minutes.
Le geek op-ti-mise : il télécharge la dernière version du dit logiciel de messagerie parce que c’est plus léger et donc plus rapide, reconfigure sendmail parce qu’un nouveau trou de sécurité a été patché avant hier par Gégé, découvre une nouvelle option qui permet d’afficher les adresses de tous ses contacts en serbo croate (c’est coooool), lance une recherche sur Google pour voir comment il pourrait faire pour afficher les caractères en couleur inversée... et donne un coup de coude dans les côtes des gens normaux qui se sont endormis à leur côté. Truc et astuce : lancer le geek sur le projet "j’envoie un mail à tous mes amis" deux bonnes heures avant l’heure réelle à laquelle vous pensiez vous y mettre. Le temps que vous le rejoigniez, il aura presque fini ses "petits" réglages.
Utilisation d’un logiciel de traitement de texte
Une des énigmes que les scientifiques cherchent à résoudre depuis la nuit des temps est : "pourquoi les geeks critiquent-ils exclusivement les logiciels qui servent à faire des choses, et précisément parce qu’ils servent à faire des choses ?". Prenons l’exemple du traitement de texte genre OpenOffice. Il n’a d’autre ambition que de traiter du texte, de sorte à le faire ressembler
à ce que souhaite l’utilisateur. Et il le fait plutôt bien, direz-vous. Et bien détrompez-vous : le fait que vous parveniez très bien à mettre en forme vos divers courriers n’est qu’un leurre et le traitement de texte EST le diable.
On l’accusera d’abord d’être gourmand en place et/ou en RAM (usine à gaz, ça vous dit quelque chose ?). Passe encore : on sait le geek chatouilleux sur l’utilisation des ressources de sa machine chérie. Mais, comble de mauvaise foi geekesque, on l’accusera aussi de faire du wysiwyg, alors que la vraie mission de l’humanité est de faire de la mise en page à la main, en gravant directement les petites lettres dans le coeur de la petite machine. Faut dire aussi que les gens exagèrent à tout le temps vouloir des trucs compréhensibles et simples à utiliser.
La démonstration étant éclatante, je ne m’éterniserai pas sur les autres travers de nos amis les geeks. Mais je voudrais ici leur délivrer un véritable message d’espoir : courage les gars, je suis certaine qu’un jour vous réussirez à faire un usage normal de l’informatique.
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